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"Une bonne attitude, une bonne posture reflètent un bon état d'esprit."
| Réflexions sur Irimi et Tenkan |
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Texte écrit par Ivan le 25-12-08 et reproduit ici avec l'aimable autorisation de Fudoshinkan - Le Blog (c) tout droit réservés 2010.
Il n’est pas facile de bien comprendre pourquoi l’une des bases techniques de l’Aïkido est la notion d’irimi-tenkan. Comme tous les principes fondamentaux qui gèrent cet art, la compréhension peut se faire à différents niveaux, selon notre propre chemin sur la Voie. Nous allons toutefois essayer ici d’y voir un peu plus clair et d’apporter des éléments de réponse sur irimi et tenkan.
Prenons les choses l’une
après l’autre et commençons par irimi. Irimi s’écrit入り身. C’est un mot qui se compose du verbe
« hairu » qui signifie entrer et du nom « mi » qui signifie
corps ou chair. Le terme est donc on ne peut plus clair : littéralement
cela veut dire « entrer dans le corps ». L’image la plus évidente est
à chercher du côté du Sumo. Il s’agit pour le sumotori d’entrer de tout son
poids, de plein fouet, dans l’adversaire, sans se poser de questions quant à
l’agressivité qui doit être totale à ce moment-là. C’est donc une attaque au
sens le plus pur.
On expérimente correctement
irimi en avançant vers l’autre, en ligne droite, sans chercher à esquiver quoi
que ce soit. Jugée souvent comme agressive, cette notion ne l’est que dans la
mesure où l’on envoie un atémi dans le mouvement. Si en revanche le pratiquant
est déjà plus avancé dans sa recherche, il se rend compte que réaliser irimi
nécessite d’intégrer d’autres notions, comme la gestion de la distance et du
temps qui mène à la rencontre « Ma-aï » (間合い) et la rencontre elle-même « De-aï » (出会い), afin d’entrer au bon moment, c'est-à-dire à
l’instant où le partenaire pense son attaque. Du coup, irimi se transforme en
un mouvement qui entre pour annuler l’attaque et faire avorter dans l’œuf le
geste du partenaire. Ce n’est donc plus une technique d’attaque agressive, mais
une technique positive (dans tous les sens du terme) qui amène la paix sans
violence.
Dans irimi la notion de
ligne droite est fondamentale. Les débutants ont un mal fou à respecter cette
ligne droite, car elle est antinomique avec leur propre sécurité. En effet, le
fait d’avancer tout droit est le meilleur moyen de se prendre l’attaque de uke
en plein dans le corps. Mais il faut en passer par là pour plusieurs raisons.
Tout d’abord pour respecter la consigne. Ensuite pour découvrir potentiellement
le danger qui nous guette à se faire toucher. Se développe alors une sorte de
sentiment fataliste (je me fais toucher, mais je dois quand même aller tout
droit, je m’abandonne) qui mène au sens du sacrifice. Ce sens-là est important
pour apprendre à s’oublier, mettre ses peurs de côté, ne plus penser à soi et
être mentalement dégagé de ses craintes. Alors, et alors seulement, il est
possible de progresser vers un stade où irimi est plus libre, plus spontané et
sans pensées parasites. Du coup, irimi s’ouvre à toutes les notions qui
permettent de transformer cette technique du stade combatif au stade pacifique,
étant bien connu qu’il est plus difficile de faire la paix que de faire la
guerre. Irimi et la ligne droite sont donc des fondamentaux pour évoluer dans
sa pratique martiale.
La notion d’irimi implique
encore un autre concept, celui de la perturbation par l’action. Si on entre
irimi-atemi, il est clair que l’on perturbe l’autre en le mettant brutalement
hors de combat. Si l’on rentre irimi avec le bon timing, on s’apporte la paix,
mais on perturbe encore uke, certes sans lui faire trop de mal ce qui est déjà
mieux pour lui, mais plus complexe à réaliser pour tori. Dans les deux cas, on
peut clairement dire que le mouvement d’irimi est yang, dans le sens où il
projette l’énergie de son mouvement vers l’autre.
Transposons maintenant irimi
dans la vie de tous les jours. Vous voyez deux enfants frapper un animal avec
des bâtons. Cette situation est cruelle et vous intervenez physiquement pour
enlever les bâtons des mains des enfants, vous interposer pour protéger
l’animal et gronder les enfants ou leur mettre une fessée selon le cas. C’est
une façon de faire irimi-atemi. Vous voyez à l’avance les enfants se diriger
avec des bâtons vers un animal, vous les interceptez calmement, mais fermement
avant que le mal soit fait en confisquant les bâtons et en les raisonnant.
C’est irimi qui amène la paix en annulant le mouvement avant l’arrivée de la
violence.
Comment comprendre alors
tenkan (転換) ? Le premier caractère renvoie à la notion de
tourner tandis que le second indique le fait d’intervertir, de remplacer.
Tenkan selon les contextes - et en dehors de l’Aïkido - se traduit par
conversion, changement, intervertir pour passer d’une situation à une autre, ou
encore diversion (dans le sens d’esquive). Il s’agit d’annuler ce qui dérange
et de le remplacer par tout autre chose. On l’utilise également dans
l’expression « se changer les idées » (kibun-tenkan) ou
« changer de conversation », etc. Tenkan est aussi utilisé dans des
expressions comme « moment charnière », « le point où les choses
basculent », « une situation qui se renverse ». Tout cela nous
éclaire sur l’idée que véhicule le mot sur cette technique.
Tenkan est montré
généralement comme une esquive. Les débutants interprètent physiquement cette
technique comme une fuite et on les voit sortir largement sur le côté, se
mettant du même coup en danger à cause d’une mauvaise gestion de la distance.
Une distance trop grande permet à uke de ré attaquer tori, alors qu’une
distance plus courte rend plus difficile (mais pas impossible) une attaque
efficace. Tenkan est une esquive. Cela signifie que c’est un choix conscient et
travaillé et non pas une soumission inconsciente à l’autre par la fuite. Cela
fait déjà toute la différence. Là encore, un tenkan réalisé trop tôt ne permet
pas d’esquiver l’attaque, puisqu’il suffit pour l’attaquant de réorienter son
geste vers la nouvelle position du partenaire. Tenkan est donc un travail qui
porte à nouveau sur ma-aï et de-aï. L’explication classique qui consiste à dire
que tenkan intervient lorsque l’on est en retard par rapport à l’attaque de uke
est vraie que dans la mesure on est effectivement débordé par l’autre, où l’on
ne gère pas la situation. C’est la pire condition pour faire tenkan, car elle
ne retarde les problèmes que d’une seconde. En revanche, un tenkan où toutes
les notions citées précédemment sont maîtrisées, revient à se déplacer
calmement, avec justesse et lucidité. Cela se traduit pour l’attaquant par la
sensation de passer au travers l’image de l’autre, sans pour autant le toucher.
Pour l’observateur extérieur à la technique, cela se traduit par le sentiment
que tori n’est jamais en retard, jamais pressé dans son déplacement et toujours
correctement placé.
Dans tenkan, la notion de
contrôle du corps est encore plus importante que dans irimi. Pour irimi, on
entre tout droit, cela ne nécessite pas beaucoup de neurones, juste un bon
influx nerveux pour y arriver. En revanche pour tenkan, on esquive non
seulement avec un déplacement de pied, mais aussi et avant tout de hanches, de
buste, d’épaules, tout en faisant attention à sa tête. De plus, il faut pouvoir
réaliser ce mouvement sans s’éloigner de uke, sinon on ne réalise pas d’union
(Aï) avec lui pour réaliser une technique harmonieuse.
Combativement parlant, le
mouvement de tenkan joue sur un effet de spirale vers l’intérieur, un
déplacement de soi vers soi. On peut alors clairement parler de mouvement yin,
dans le sens où il ramène l’énergie vers soi.
Si irimi perturbe uke, en
revanche tenkan ne le fait pas puisqu’il laisse passer le mouvement. Cela ne
signifie pas que tenkan soit le seul capable d’apporter l’harmonie. C’est une
harmonie yin, alors que irimi propose une harmonie yang.
Dans la vie quotidienne, on
peut transposer tenkan selon ces deux exemples simples. Dans une file d’attente
pour prendre un billet de train, une personne vous bouscule pour avancer plus
vite que les autres et vous vous poussez au dernier moment pour éviter une
bousculade trop forte. Vous avez fait un tenkan passif, qui est subi. En
revanche, vous voyez une personne pressée pour prendre son train et vous
anticipez sur sa demande, son besoin d’aller vite, en vous déplaçant pour le
laisser passer. Il s’avance avec reconnaissance et vous n’avez pas subi la
situation. C’est le tenkan maîtrisé.
On peut dire alors qu’à un
niveau de pratique qui maîtrise les mouvements irimi et tenkan, l’explication
linéaire qui stipule que si on est en avance sur l’autre on peut placer un
irimi ou si on est retard il faut faire tenkan, cette explication-là n’a pas
(n’a plus) de sens. Le principe fondateur de l’Aïkido est exprimé dans son
nom (Aï Ki Do). Il faut trouver le moyen d’unir et donc d’harmoniser. Si
l’on pense que l’harmonie vient de l’équilibre entre le yin et le yang, alors
tout naturellement la notion de irimi-tenkan prend tout son sens. Dans cette
optique on comprend mieux pourquoi irimi-tenkan est assumé comme étant l’un des
piliers de l’Aïkido, surtout si l’on connaît ses bases Shinto.
Irimi représente la base
historique du combat, que l’on peut résumer par un « pan dans la
gueule ». Il est la base même des arts martiaux. Ces arts ont évolué en
voie de développement intérieur, dont l’un des symboles est tenkan, que l’on
peut résumer par « après vous, je vous en prie ». L’un des derniers
représentants de l’école Yagyû-Shinkage, Jubei Yagyû, a combattu toute sa vie
selon les techniques de son école, de sa famille, sans jamais laisser aucune
ouverture, aucun écart, choisissant de préférence la ligne. Son style était
très irimi. Pourtant, à la fin de sa vie il opta pour une technique où il
rentrait tout contre son adversaire, sans le blesser pour le forcer à
abandonner. Cela ne lui a pas porté chance, mais il avait introduit le principe
de tenkan dans sa méthode de combat.
Techniquement, irimi-tenkan
se traduit par une avancée (yang) vers uke, puis un déplacement d’esquive (yin)
qui entraîne ou absorbe uke. Bien souvent la technique ne s’arrête pas là (elle
le pourrait, comme elle pourrait s’arrêter à n’importe quel stade de son
développement), mais repart vers un mouvement yang qui projette uke ou qui le
déstabilise, pour repartir sur un mouvement yin qui le maîtrise par une clé ou
un contrôle contre soi.
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